Guibarka Afridev

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22 juillet, 2011

Classé dans : Non classé — guibarka @ 19:34

Politique
JEUDI, 21 JUILLET 2011 09:37

militaire« Etre désarmé, en effet, entre autres sources de maux que cela entraîne, te vaut d’être méprisé, ce qui est un des mauvais renoms desquels le prince se doit garder (…) C’est qu’entre un homme armé et un homme désarmé, il n’y a pas du tout de rapport et il n’est pas logique que qui est armé obéisse volontiers à qui est désarmé, ni un homme désarmé soit en sûreté entre des serviteurs armés. Car y ayant chez l’un mépris et chez l’autre soupçon, il n’est pas possible qu’il y ait un bon accord entre eux ». Machiavel, Le Prince p.127


Que s’est il passé chez Alpha Condé dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011 ? Il est très difficile de donner une qualification exacte à ce qui s’est produit autour de la résidence d’Alpha Condé à Kipé dans la mesure où le bureau de presse de la présidence, Alpha Condé et la presse ne s’accordent pas sur la nature des coups de feu nourris qui ont empêché les habitants de plusieurs quartiers de la capitale de dormir, les terrorisant une grande partie de la nuit.

 

Putsch, Pas coup d’Etat ou Tentative d’assassinat ?

 

Quand le dirigeant d’un Etat est la cible d’une attaque, on pense logiquement à une volonté de le renverser. Naturellement le coup d’Etat ou putsch vient à l’esprit. En République d’Alpha Condé rien n’est aussi simple et évident. Dans la matinée du 19 juillet, un site d’information note que selon « des sources proches du président guinéen, il y a eu un présumé putsch manqué contre le régime du président Alpha Condé dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011 ».

Cependant, l’Agence France Presse (AFP) de la même date, citant une source officielle française est septique quant à l’existence d’un coup d’Etat : « Ce n’est pas un coup d’Etat, indique-t-on de source proche du gouvernement en France, ex-puissance coloniale en Guinée, en relevant qu’il « n’y a pas eu de tentative de prise de contrôle de routes ou de l’aéroport ».

 » (http://www.rfi.fr/afrique/5min/20110719-alpha-conde-rfi-attaque-mardi-est-une-peripetie-guinee-entretien-exclusif)

Heureusement, pour les habitants de la résidence, que deux heures de combat intense avec des lance- roquettes et des bazookas ont provoqué plus de dégâts matériels que des pertes en vies humaines. Un mort, un garde civil, Bakary Oulen Camara, trois blessés dont une femme sur les deux jambes. Ceux qui ont pu voir les images de la résidence d’Alpha Condé sur les chaînes françaises France 24 ou LCI pourront se faire leur propre appréciation de ce rapport durée de combat/armes utilisées et les impacts et goutte de sang constatés.

Mais peut être un détour par les évènements qui ont précédé cet assaut, permettrait d’expliquer « ce bilan ».

Prologue de l’assaut

 

Dans son entretien avec RFI, Alpha Condé nous apprend que dans la journée précédant la nuit de l’attaque, il y a eu de nombreuses arrestations de personnes en possession d’armes et de tracts. Ces arrestations lui ont-elles permis d’avoir des informations sur un « projet d’assassinat » sur sa personne ? Savait il quand ? Si oui, pourquoi a-t-il pris le risque de rester chez lui sachant qu’il allait être la cible d’une attaque ? Certaines explications données par les autorités soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponse.

Les zones d’ombres de l’assaut

 

Sur les commanditaires

Le premier communiqué du bureau de presse de la présidence fait état de l’arrestation de deux militaires dont un certain OK qui seraient détenus au camp Samory pour des soins ainsi que de l’interpellation d’un certain Alpha Ousmane Barry, plus connu sous le nom de AOB.

Or, il se trouve que, si le dénommé OK recevait effectivement des soins, ce n’était pas en Guinée, mais au Maroc où il a été envoyé par l’état major de l’armée. L’intéressé, de son nom Oumar Keita joint au téléphone par un médium en ligne, dès avoir appris sa supposée implication dans « ce complot » a joint sa hiérarchie qui l’a rassuré en lui demandant de ne pas écouter les gens, de rester tranquille et de suivre ses soins.

Après cette grosse bourde (vraie faute lourde), le bureau de presse de la présidence a du rectifier ou plutôt réadapter son communiqué de presse par un erratum avec cette explication laconique « Dans notre dernière dépêche une erreur d’appréciation des noms nous a fait insérer le nom OK alors que ce dernier, selon nos informations, se trouve présentement au Maroc. Il est donc évident que OK n’est pas mêlé à l’attaque qui a eu lieu au domicile du chef de l’Etat ».

Sur les armes utilisées

Le bureau de presse de la présidence déclare que « les assaillants étaient munis de roquettes, de fusils à lunette, de jumelles, de gris-gris et les incontournables PMAK ».

Cette description mérite deux observations : d’abord on notera que le gris-gris fait son entrée dans la catégorie des armes et ensuite que les pistolets mitrailleursautomatiques kalachnikov (PMAK) sont incontournables. Sont ils incontournables à ce type d’assaut ? Enfin une précision, le fusil à lunette est une arme de précision utilisé par des tireurs d’élite car permet de mieux voir la cible. Est-ce parce qu’ils disposaient de cette arme de précision que les « assaillants » n’ont visé que la seule chambre d’Alpha, étant sûrs de réussir leur coup tout en minimisant les risques qu’ils encourent en cas d’échec sachant ce qui peut leur arriver ? Les auteurs des tentatives des coups d’Etat de 1985 et de 1996 savent le sort tragique qui peut guetter les auteurs d’un putsch et pire de tentative d’assassinat qui ratent leur opération. Pourquoi leur seul objectif était l’assassinat d’Alpha Condé ? Etaient ils sûrs qu’en cas de réussite de leur coup, le successeur de Alpha allait les gracier, sinon comment expliquer que leur seul objectif était d’attaquer la chambre d’Alpha Condé en ne prenant pas soin de contrôler les ponts névralgiques comme la RTG et l’aéroport, et en épargnant le reste de la maison et les personnes qui les occupent ?

Alpha Condé qui lui subissait cet assaut, n’a pas eu le temps d’observer toutes les armes citées par son service de presse. Ce qui l’a marqué, ce sont les bazookas et la roquette RPG7 qui ont été tirés contre sa chambre à coucher. Les bazookas et la roquette RPG7 sont des lances roquettes anti-chars, les premiers américains et la seconde, russe. Ouf, heureusement qu’on est plus à l’époque de la guerre froide. Les armes des deux super puissances n’ont détruit que la chambre, son locataire a pu trouver abri dans d’autres pièces de la maison où il a sereinement attendu que sa garde prenne le dessus.

Si on a une idée sur les armes utilisées par les « assaillants » aucune information n’a été donnée sur celles utilisées pour repousser l’assaut et comment : la garde présidentielle et les renforts n’ont-ils pas permis de prendre les « agresseurs » en étau ? Comment expliquer le faible bilan par rapport à l’artillerie encombrante et le nombre peu élevé d’arrestations. Sur le champ, les communiqués font état de deux arrestations. Les assaillants ont-ils eu le temps d’emporter ces armes qui peuvent gêner leur fuite ?

Dans la Guinée habituée à la théorie du complot, les autorités aiment à chaque fois faire étalage des armes saisies. Nous avons encore en mémoire Enco 5 en janvier 2005 où des tirs visant Lansana Conté dans son véhicule auraient grièvement blessé un de ses gardes corps. La télévision d’état ne s’était pas privée de montrer les armes saisies en mettant directement en cause un proche d’Alpha Condé,Antoine Soromou qui a été son codétenu pendant plus de deux ans. Or, dans la présente affaire, les autorités insistent plus sur les dégâts subis par la résidence et le parc automobile.

Sur la présence de l’Ambassadeur de France au domicile d’Alpha Condé

Dans son interview à RFI, Alpha Condé déclare que « Il y a eu des échanges de tirs pendant que l’ambassadeur de France était présent, et il a même été contraint de se coucher à terre pour ne pas être atteint par les balles ».

La question qui se pose est de savoir à quel moment l’Ambassadeur de France s’est rendu à la résidence d’Alpha Condé. Il est peu probable qu’il y ait passé la nuit. Alpha n’aurait pas pris le risque d’une brouille diplomatique avec la France en demandant à l’Ambassadeur de veiller avec lui sachant qu’un attentat se préparait.

Il est également très difficile d’imaginer que l’Ambassadeur de France soit allé au domicile d’Alpha Condé pendant les échanges des tirs qui ont duré de trois heures à cinq heures du matin. Même si son statut lui accorde plus de facilité de déplacement, il vaut mieux être prudent devant certains éléments des forces armées guinéennes. Sous le CNDD, plusieurs diplomates, au mépris des conventions internationales et du respect de leur immunité, s’étaient fait prendre leurs véhicules voire dépouillés de leurs vêtements par des soldats.

En lisant un site d’information en ligne on a une idée de l’heure à laquelle l’Ambassadeur s’est rendu au domicile d’Alpha Condé « Il a reçu tout à l’heure l’ambassadeur de France en Guinée, d’autres ambassadeurs sont également dans le domicile du Chef de l’Etat, selon notre envoyé sur les lieux ». La question qui se pose alors, au petit matin, lorsque les ambassadeurs et les correspondants de presse ont pu évaluer par eux même la situation, y avait il encore des poches de résistance ?

Ces complots, réels ou imaginaires, dont la Guinée a le secret, n’ont jamais été éclaircis et apportent plus d’opacité à la vie politique guinéenne. Ils sont systématiquement utilisés par le pouvoir comme prétexte pour effectuer des purges et se livrer à des arrestations et détentions arbitraires, ce qu’on observe avec cette « tentative d’assassinat ».

 

Stop aux purges dans l’armée et au harcèlement de l’opposition

 

Une des caractéristiques des complots en Guinée est la grande vitesse, plus que fulgurante avec laquelle avancent les enquêtes. Comment expliquer les liens établis entre des tracts dont le contenu est inconnu du public et des arrestations « préventives » effectuées?

Comment les autorités ont-elles fait le lien entre cette attaque et les partis politiques au point d’aller saccager le domicile d’un leader politique et arrêter des militants d’opposition?

Pourquoi cibler l’opposition et ne pas sanctionner la hiérarchie militaire actuelle dont aucun membre n’a eu la décence de démissionner pour incompétence ou défaut de vigilance ? Sinon comment justifier que des armes puissent être paradées en pleine capitale avec autant de facilité. Quelles sont les conditions de sortie, et d’utilisation des armes et des munitions?

 

S’il y a un fond qu’il faut retenir du discours d’Alpha Condé c’est l’idée de l’unité nationale et surtout que la population ne doit pas tomber dans le piège de la division. Il est tout de même regrettable de constater que dans la même interview, Alpha Condé appelle à l’unité nationale, mais ajoute que les gens arrêtés appartiennent à une certaine communauté. De tels propos sont irresponsables et malveillants.

 

Epilogue : trop de complots et de coups d’Etat dans le discours d’Alpha Condé

 

Alpha Condé doit réviser son discours politique et s’atteler à répondre aux attentes des populations et mettre des bémols aux complots qui sont récurrents dans ses propos.

Ainsi entre les deux tours de l’élection présidentielle, dans une interview au journal français Libération en date du 7 septembre 2010 il disait « bientôt vous verrez qui veut faire un coup d’Etat en Guinée ».

Fin octobre l’Alliance arc en ciel invente un complot d’empoisonnement d’eau et de yaourt qu’elle attribue à une communauté pour pouvoir justifier les massacres et la chasse des ressortissants de cette communauté dans ses fiefs.

Après les violences consécutives au second tour de l’élection présidentielle, plusieurs militaires après avoir reçu des fessées publiques ont été mis aux arrêts.

 

Il y a quelques semaines ce sont les militaires affectés à la garde de son challenger du second tour qui sont arrêtés et radiés de l’armée et Alpha Condé en donne des explications contradictoires. Dans l’hebdomadaire Jeune Afrique il dit :

« Il n’y a jamais eu de perquisition, mais un problème interne à la garde personnelle de Cellou. L’argent qu’il distribue à ses hommes, dont certains sont des Bérets rouges, a été mal réparti, et l’un d’entre eux, mécontent, est venu exiger son dû les armes à la main. Tout ce qu’on a raconté dans les médias à ce sujet est faux ». (Jeune Afrique n°2628 du 22 Mai 2011, pp 22 à 29)

Dans l’entretien qu’il a accordé à RFI, il affirme que :

« D’abord, les 3 militaires qu’on a arrêtés… c’était des militaires habillés en civil. Ils étaient dans la manifestation et on les a pris avec des kalachnikovs et des fusils. Ils ont été condamnés. Mais nous ne pouvons plus accepter que des gens se permettent de casser les véhicules. Est-ce que vous pensez qu’on va continuer à accepter que des gens occupent la rue, jettent des pierres sur les gens ? Non. Personne n’est au-dessus de la loi ». (http://www.rfi.fr/afrique/20110621-alpha-conde-president-guinee-conakry).

La semaine dernière, les propos de Moussa Keita mettant en cause Sekouba Konaté dans sa gestion de la transition, lui ont valu son arrestation par l’armée, sans qu’aucune plainte n’ait été portée par Sekouba mis en cause en sans enquête pour confirmer ou infirmer ses allégations.

Alpha Condé qui se dit démocrate, comme tout citoyen, est tenu de respecter les lois guinéennes à commencer par la Constitution et les conventions internationales que la Guinée a ratifiées. Le Protocole de la CEDEAO sur la Démocratie et la bonne gouvernance dispose que :

 « Tout détenteur du pouvoir à quelque niveau que ce soit, doit s’abstenir,
de tout acharnement ou harcèlement contre le candidat ayant perdu
les élections et ses partisans
 (art 10).

La Constitution guinéenne, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples condamnent les arrestations, les détentions arbitraires et les pillages des biens d’autrui. La Guinée, comme le reste de la planète est à l’ère de la société de l’information. Un Etat ne peut plus bafouer les droits fondamentaux de ses citoyens à huis clos comme à l’époque de Sékou Touré qui avec des arguments de complots, a détruit l’enseignement guinéen, décapité l’armée républicaine et instillé la suspicion entre les différentes couches sociales et composantes de la Guinée.

Les Guinéens ont besoin d’une vrai politique de développement, une meilleure redistribution des richesses nationales, de bénéficier des services sociaux de base comme l’éducation, la santé et le travail, la valorisation du travail, de l’effort et du mérite, un cadre juridique sain pour permettre la création, la créativité, l’entreprise pour permettre à chaque guinéen de s’épanouir, d’avoir un espoir d’avenir dans son pays.

Thierno Ibrahima Guibarka

ibrahimaguibarka@yahoo.fr

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